Tuesday, July 29, 2014

Citation du 30 juillet 2014




Il faut de la force assurément pour tenir toujours la balance de la justice droite entre tant de gens qui font leurs efforts pour la faire pencher de leur côté.
Louis XIV – Mémoires
La balance, comment ça marche ?
Comme le rappelle notre Citation-du-jour, on pèse avec une balance constituée de deux plateaux accrochés au bout d’un fléau pour savoir de quel côté il va pencher : telle est pesée des âmes opérée par Saint-Michel au Jugement dernier :

Hans Memling – Le Jugement Dernier – Triptyque (détail)
Toutefois, il n’y n’a pas pour Saint-Michel un poids prédéfini à mettre sur un plateau pour peser l’âme du défunt : il met une âme dans chaque plateau et celle qui pèse le moins ira en enfer. La pesée est relative ; Saint-Michel a dû repérer une âme pleine de bons sentiments, une âme qui devra être sauvée : il s’en sert d’étalon pour peser les autres. Peser, c’est comparer. Evidemment, on peut protester (hum…) : s’il y avait eu dans l’autre plateau une ignoble fripouille, c’est notre âme qui aurait été la meilleure, le plus lourde – à elle le Paradis !
o-o-o
Maintenait, voyez ce qui se passe aujourd’hui. Dans nos salles-de-bains trône le pèse-personne. Ici, plus de fléau, plus de plateaux, plus de comparaison « plus lourd/plus léger que ». Un chiffre s’affiche impérieux, incontestable – scientifique !

Bon. Mais est-ce plus juste pour autant ? S’agit-il même toujours d’une balance de justice, celle qui rétribue et châtie ?
Vous le saurez demain – si vous le voulez bien

Monday, July 28, 2014

Citation du 29 juillet 2014


L'affirmation et l'opiniâtreté [= obstination] sont signes exprès [= manifestes] de bêtises.
Montaigne
Après les vérités « irréfragables » d’hier, voici les affirmations opiniâtres, venues de ceux qui refusent avec obstination de reconnaitre leur erreur. Ne s’agit-il pas de la même attitude ? Car, n’est-ce pas la même chose que le refus de la preuve ?
Bref : y a-t-il une différence entre le juge qui vous dit :
- Monsieur, cet enfant est votre fils parce que c’est votre femme qui l’a mis au monde.
- Et celui qui affirme que les étrangers apportent des maladies contagieuses et pillent les ressources de la Sécurité sociale ?
Dans les deux cas, les données réelles et probantes sont accessibles et elles mettraient fin aux préjugés et aux disputes.
On peut rencontrer parfois l’astuce de certains de ces assèneurs de vérité qui retournent l’accusation de cécité contre leur contestateur. Telle est la « théorie du complot » qui consiste à dire : « C’est vous qui refusez l’évidence parce que vous êtes intoxiqué par la presse (pardon : les Médias) qui est aux mains des Juifs (ou du capitalisme, ou de la CIA) »
Signalons  le cas très étonnant des attentats du 11 septembre dénoncé parfois comme un montage opéré par la CIA pour obtenir je-ne-sais plus quoi. Au fond, l’idée est que la contestation n’est rien d’autre que la preuve de la vérité qu’on avance. « Vous croyez que je suis fou ? C’est la preuve que vous êtes manipulé. »

C’est bien sûr ce que dit Montaigne qui constate que pour énoncer une vérité il faut accepter de la mettre en balance avec l’affirmation contraire. Et il ajoute : celui qui se trompe et qui persiste dans son erreur, qui refuse d’être détrompé n’est pas seulement ridicule : il manifeste aussi sa bêtise.
L’opiniâtreté n’est donc pas seulement dommageable pour la vérité : elle est aussi un trait de caractère, parce qu’elle révèle l’orgueil extrême qui consiste à avoir la certitude que puisqu’on pense ceci ou cela, alors c’est vrai.
Là où il faudrait examiner la preuve, on trouve l’affirmation de sa propre certitude : c’est vrai parce que je le pense. Et d’ailleurs, vous êtes immédiatement invité à penser la même chose : « Vous êtes bien d’accord avec moi, M’sieur ? »

Sunday, July 27, 2014

Citation du 28 juillet 2014



L’enfant conçu ou né pendant le mariage a pour père le mari.
Article 312 du Code civil
L'irréfragabilité rend irrecevable l'offre d'administrer la preuve contraire : ainsi de la paternité lors de la naissance d’un enfant né durant un mariage (entre époux de sexes différents).
Dictionnaire juridique en ligne (Article Irréfragabilité)

Deux sujets d’étonnements : d’une part que la paternité soit incontestable ; de l’autre qu’il existe des vérités irréfragables : la preuve du contraire, quand bien même on pourrait l’exhiber est irrecevable.
C’est cela qui m’intéresse : il est défendu de fournir une preuve même quand on en aurait une, au point qu’il était impossible de contester la paternité dès lors qu’on était l’époux légal de la mère (1). Et même si les tests de paternité par analyse d’ADN ont changé un peu la donne, il reste que la loi encadre strictement la recherche de paternité.
o-o-o
N’y a-t-il pas un scandale épouvantable à refuser le droit de contester une affirmation, voire même à en démontrer la fausseté ? C’est quand même ce qui nous scandalise dans l’affaire Galilée, condamné pour avoir fourni la preuve que la terre tournait autour du soleil et qu’il y avait des montagnes sur la lune, parce que c’était contraire aux vérités irréfragables de la Révélation (2).
Le seul moyen de faire valoir une telle prétention de la vérité à être inexpugnable est de dire qu’elle est l’effet du jugement de celui qui a l’autorité pour l’énoncer. C’est ce qu’on appelle la vérité juridique : est vrai ce que le juge a dit. Aucune vérité n’existe avant le verdict et s’il est interdit de le commenter, c’est justement parce qu’il est défendu de le contester (3).
Le mode d’existence de cette vérité ressemble à ce que nous disions (il y a peu) de la vérité de témoignage : c’est l’autorité de la source qui importe.
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(1) On disait autrefois : la mère c’est la femme qui a accouché de l’enfant : le père, c’est l’homme qui a épousé la mère.
(2) C’était aussi – et surtout – contraire à la physique aristotélicienne qui paraissait à l’époque être la seule compatible avec la Bible.
(3) Il s’agit de faire de nos juges les derniers « maitres de vérité » tels que Marcel Détienne les décrivait dans la Grèce antique. Pour une très enrichissante discussion de la vérité juridique, voir cet article de Jean-Cassien Billier Vérité et vérité judiciaire, ici

Saturday, July 26, 2014

Citation du 27 juillet 2014


Et l'Eternel lui dit : C'est pourquoi quiconque tuera Caïn sera puni sept fois davantage. Ainsi l'Eternel mit une marque sur Caïn, afin que quiconque le trouverait, ne le tuât point.
Genèse 4 : 15
Le signe de Caïn
Mercredi dernier, Joseph R. Wood, condamné à mort, a subi une injection létale au pénitencier de Florence, Arizona. Il a mis 2 heures à mourir, donnant des signes de suffocation et de souffrance – jugées inacceptables par les abolitionnistes.
On sait que ces exécutions sont devenues très problématiques aux USA, suite au refus des Laboratoires pharmaceutiques européens de vendre aux USA les substances utilisées jusqu’alors pour ces exécutions – au point que certains Etats américains ont mis en place un moratoire, se demandant si le retour aux anciennes façons d’exécuter les condamnés ne serait pas humainement préférable : il s’agit de la chaise électrique, de la pendaison et du peloton d’exécution (sans oublier la chambre à gaz). Certains Etats refusent quant à eux la peine capitale, préférant la prison à vie : moins problématique, et surtout moins onéreuses (qu’on songe aux 25 années de procédures qui suivent en moyenne la condamnation à mort).
On peut être scandalisé de voir la justice choisir une peine judiciaire sur des considérations de tiroir-caisse : ne faut-il pas plutôt considérer le respect de la vie comme un des droits inaliénable de la Personne humaine, quelle que soit sa faute ?
- Oui et non. Car voyez ce qui fit l’Eternel pour punir Caïn d’avoir tué son frère : il pouvait le foudroyer, le changer en statue de sel, etc… Au lieu de cela, non seulement il l’a épargné, mais il l’a encore marqué d’un signe pour que chacun, le reconnaissant, s’abstienne de lever la main sur lui. Imposant de préserver la vie de Caïn, il l’a condamné à la souffrance du remord et à la honte de son crime, car là est le châtiment le plus dur.
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Plutôt que :

Préférez le signe de Caïn :
[Taw est la marque, le sceau divin : « Le premier signe mentionné par l’Ecriture fut placé par Dieu Lui-même qui inscrivit une simple lettre de l’AlephBeith sur le front de Caïn. Na’hlas Benyamin de Tanh’ouma maintient que ce signe avait la forme du Taw. » (Midrach haGadol)]

Friday, July 25, 2014

Citation du 26 juillet 2014



Le seul moyen de se délivrer d'une tentation, c'est d'y céder. Résistez et votre âme se rend malade à force de languir ce qu'elle s'interdit.
Oscar Wilde – Le Portrait de Dorian Gray
Cette citation est devenue un classique – au même titre que « Je résiste à tout sauf à la tentation » - au point que je croyais l’avoir déjà évoquée.
Toutefois, ce « classique » est souvent tronqué, et on oublie la justification qui suit : Résistez et votre âme se rend malade à force de languir ce qu'elle s'interdit. 
Car on pourrait dire : si vous succombez à la tentation, elle va prendre possession de votre âme, et comme une drogue, s’y installer et vous demander de lui accorder toujours plus. Mais voilà : selon Oscar Wilde, ce qui importe, ce n’est pas tant l’effet de la tentation que celui de l’interdiction qu’on s’inflige.
--> Ce n’est pas seulement ce qui se passe quand on s’autorise à consommer ce qu’on s’était interdit qui importe ; ce qui compte aussi, c’est quel est le prix à payer pour avoir voulu résister. Ne risquons-vous pas d’être obsédé par l’objet de notre désir interdit, au point de ne plus pouvoir penser à autre chose ?
On a fait il est vrai l’éloge de l’interdit : c’est lui qui fortifie notre âme, il est le rempart de notre personnalité, il nous guide, nous oriente et nous permet de progresser dans le bon chemin. Mais s’il arrive qu’il nous bloque et nous empêche de vivre normalement ?

- Voyez plutôt les célèbres tentations de Saint Antoine : vivant en ermite dans le désert, le voici assailli par le démon qui lui donne des visions obscènes, telles que celle-ci :


Félicien Rops – La tentation de Saint-Antoine (1)
On voit qu’Oscar Wilde est bien en dessous de la vérité quand il parle d’âme qui se languit. C’est  à la folie que l’abstinence nous conduit. Et je suppose même que les plus respectables de nos religieux ont un jour ou  l’autre quitté la voie de l’ascétisme sexuel – comme notre cher Abbé Pierre – et cela non par lubricité, mais pour pouvoir continuer leur œuvre sainte.
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(1) J’avais déjà évoqué cette œuvre dans l’examen de crucifixions blasphématoires (ici et )