Thursday, March 26, 2015

Citation du 27 mars 2015

Que d’hommes ne se connaissent pas d’autre raison de vivre que la peur de mourir !
Maurice Chapelan – Main courante

Qu’est-ce qui nous fait aimer la vie ? Du moins, qu’est-ce qui nous donne envie de vivre – de continuer à vivre ?
Poser cette question, c’est en même temps admettre que ce n’est pas si évident que ça de vivre. Avons-nous des joies à la hauteur de nos efforts ? Bénéficions-nous d’un « retour sur investissement » suffisant ? Finalement serait-il plus raisonnable de cesser de vivre, plutôt que de s’acharner à survivre ?

A cette question il y a plein de réponses positives  et réjouissantes. Mais je recherche la réponse minimale, celle que personne ne peut récuser d’un haussement d’épaule.
Cette réponse est celle de notre chroniqueur-du-jour : quand nous aurions perdu toutes les autres raisons, reste la peur de mourir qui nous attache à la vie.
Une supposition : vous n’êtes pas encore né et on vous demande si vous souhaitez naitre ou bien si vous préférez rester dans les limbes (1). On peut admettre que vous pourriez souhaiter rester comme vous êtes – en tout cas, il est certain que les hindouistes répondront comme ça.
Seulement, on ne nous a pas demandé notre avis : on nous a balancé dans l’existence, et puis voilà ! Alors, comment voulez-vous qu’on s’en réjouisse ? Nous a-t-on donné le choix de l’époque où naitre ? Non : c’est par exemple le cas de tous ceux qui sont nés en France en 1348 (Guerre de 100 ans + épidémie de peste noire) ? Ou bien au Bengladesh ? Et les parents ? Ils sont immigrés ou intouchables indiens, et ils ont des enfants ? Eh bien, voilà : tous ces petits enfants, si mal nés, il vont vivre toute leur vie tant bien que mal, avec ce handicap.

On est dans la situation du chômeur qui a poussé la porte de Pôle-emploi et qui s’entend dire : - Si vous voulez continuer d’être dans nos fichiers, vous devez accepter les emplois qu’on vous propose. Tiens, il y a justement un travail de technicien de surface qui vous attend à Hénin-Beaumont. Quoi ? Vous étiez ingénieur aéronautique à Toulouse ? Et alors ?
Alors, plutôt que de crever de faim, on dira oui. Et ne demandez pas pourquoi.
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(1) Limbes, déf. ici

Wednesday, March 25, 2015

Citation du 26 mars 2015

L’espoir fait vivre. Le désespoir aussi.
Miss.Tic – Blanche Neige


Comment peut-on dire que "le désespoir fait vivre" ? Enigme…
Voyez donc cette Blanche-Neige. Elle est vraiment un symbole de l’espoir : c’est elle qui chante « Un jour mon prince viendra… »


Il n’y a que dans les contes pour petites filles que le Prince est charmant, et qu’il suffit de l’espérer pour le voir venir.
Revenons maintenant au pochoir de Miss.Tic : voyez Blanche-Neige, yeux grands ouverts, regard fixe sur l’avenir. Elle sait que le Prince charmant ne viendra pas : simplement parce qu’il n’existe pas. Et alors ? Au lieu de dormir encore et encore, comme l’héroïne de Walt Disney, du sommeil de l’illusion , elle veille, ou plutôt elle est vigile. Si elle désespère du Prince, c'est parce qu'elle elle sait qu’elle doit vivre et agir dans le monde réel.

Du coup, surgit la question qui nous chatouille quand on voit ce Pochoir de Miss.Tic : que signifie vivre quand on désespère du lendemain ? A quoi bon ?... Mais, en réalité, tous les hommes savent ça : nous n’avons pas le choix. C’est pour ça que nous sommes tous d’accord : il faut travailler, lutter pour repousser un peu plus loin la limite de l’effondrement ; Cioran nous l’a dit et répété. Ce sur quoi nous nous divisons, c’est sur vient après – je veux dire après la vie : les uns prient pour une vie éternelle dans l’au-delà ; les autres, qui se croient poussière s’efforcent de faire ce qu’il y a de plus difficile au monde : vivre strictement dans le présent.



Parmi eux se trouvent ceux qui, comme Blanche-Neige, ont le regard fixé sur l’horizon. Ils s’efforcent de construire leur vie, même en sachant que le résultat n’est pas appelé à durer.

Vivre, c’est dessiner sur la sable à marée basse.

Tuesday, March 24, 2015

Citation du 25 mars 2015

Depuis Manon Lescaut jusque à Dalila / Toute la fine fleur du beau sexe était là / Pour offrir à l'ancêtre en signe d'affection, / En guise de viatique, une ultime érection. / En guise de viatique, une ultime érection.
Brassens – L’ancêtre

- Bonjour mon Papy, comment vas-tu ?
- Ah ! Ma petite Marie, quel bonheur de te voir !
- Mais Papy, je suis déjà venue la semaine dernière, tu as oublié ?
- Tu m’as apporté une bonbonnière ?
- Non, Papy la semaine dernière. Tu es un peu sourd ?
- Je n’entends plus très bien, Marie, approche toi de mon lit.
- Voilà – Alors Papy, comment ça va ? Tu te sens bien dans ta nouvelle chambre des Glycines ?
- Ah ! Oui, ça va, et puis ça ne va pas… Tu comprends Marie, je me fais du souci.
- Pourquoi donc Papy ? Tu n’es pas malade au moins ?
- Aujourd’hui, non. Mais demain ? Attraper une maladie mortelle, à mon âge ça arrive, tu sais. Et je me vois déjà souffrant et pourrissant sur ce lit, sans que personne ne fasse rien pour que cesse cette agonie honteuse.
- Rassure-toi Papy. Les députés viennent juste de voter une loi autorisant les médecins à pratiquer sur les malades incurables une sédation profonde et continue jusqu'à la mort. Si jamais ça t’arrivait tu ne t’apercevrais de rien.
- Quoi ? J’entends mal, Marie, qu’est-ce qu’on pourrait faire ?
- « Une sédation profonde et continue jusqu'à la mort »

- « Une fellation profonde et continue jusqu’à la mort » ? Tu vois, Marie, là, je suis rassuré.
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P.S. Je crois en effet que le Papy de la petite Marie a vu juste. Pour ceux qui manquent d'information à propos de ce qu'est la "sédation", voir ici.

Monday, March 23, 2015

Citation du 24 mars 2015

Les … extrêmes ne peuvent régner. Ils ne servent que de frontières pour délimiter les positions du centre.
Louis Latzarus – La Politique
Monsieur Lazarus est un personnage dont je n’aimerais pas lire les livres. Par contre on s’aperçoit que ses citations courent un peu partout et parfois qu’elles revêtent une certaine pertinence. Mystère de la citation !

1 – Les … extrêmes ne peuvent régner : contre cela, les intégristes ou les idéalistes persistent à croire que seuls les extrêmes peuvent exister : vous êtes intégralement bon si vous adhérez à la foi des croyants, et totalement mauvais si vous la refusez : à éliminer !
2 – Non seulement les extrêmes existent, mais de surcroît ils sont indispensables pour comprendre ce que nous avons sous les yeux : telle est la thèse développée dans les deux infinis de Pascal.
3 –Les extrêmes n’existent pas, mais ils sont quand même utiles, car ils nous permettent de mieux voir ce qui est sous nos yeux : la position centrale.

Je suis persuadé que cette 3ème thèse est pertinente : dans un monde où toute transcendance s’est évanouie, où les valeurs qui nous servent de repères défaillent faute de fondement, il est bon de rappeler que ce n’est pas parce que les extrêmes n’existent pas qu’il sont inutiles : comme le dit notre auteur-du-jour, ce qui n’existe pas est quand même utile car c’est ainsi qu’on situe ce qui est.
Par exemple : admettons que le souverain bien et le mal absolu n’existent ni l’un ni l’autre – entendez qu’on ne les rencontre nulle part autour de nous. Pourtant, si nous regrettons leur absence, c’est bien parce que nous avons une certaine idée de ces valeurs, une idée assez précise pour déterminer le contour qui cerne ce vide que notre monde porte en lui. Nous en avons donc une certaine définition, qui suffit pour savoir si ce qui arrive dans  notre monde est bon ou mauvais.
Ce qui signifie que les valeurs doivent avoir un sens et être comprises, que ce soit dans un monde d’idées comme chez Platon ou bien dans un avenir en rupture avec le présent, comme avec les utopies. On peut être scandalisé à l’idée que nos idéaux soient absents de notre monde. Dure réalité. Mais consolons-nous en pensant qu’ils nous offrent une bonne évaluation de nos actes.

Et surtout n’en profitons pas pour nous croire tout permis : ça c’est la nihilisme.

Sunday, March 22, 2015

Citation du 23 mars 2015

Les fesses appellent la fessée, c'est là un sentiment universel qu'on éprouve du berceau à la tombe et que partagent les ecclésiastiques.
Maurice Chapelan – Main courante (1957)

Pour en savoir un peu plus sur le postérieur II
La polémique sur la fessée nous a bien amusés il y a … au moins deux ans (voir ici). Mais le sujet paraît inépuisable, et il revient à temps pour alimenter les débats et nous reposer des émotions liées au terrorisme ou à l’indignation à l’égard de nos hommes politiques corrompus. Ça nous change aussi des aventures de nos peoples.
o-o-o
La fessée donc. Ce qui est amusant, c’est que tout le monde en parle comme d’un sujet grave et sérieux, alors qu’en réalité on a plutôt envie d’en rire. Il est vrai que nos enfants ne savent plus ce que c’est et que du coup ils en rient aussi. Bref : la fessée est devenue un sujet de polémique, un sujet « sociétal », alors qu’elle n’est en réalité, selon notre chroniqueur-du-jour (de 1957), qu’un fait banal et universel. Et voici pourquoi : Chapelan soutient que la fessée est naturelle, qu’elle n’est pas spécialement un châtiment, ni même un plaisir : elle est liée substantiellement à l’existence des fesses. Tant que les hommes – et les femmes – auront des fesses, il y aura des fessées à donner, et à recevoir. (1)
Du coup, pénaliser la fessée, voire même la criminaliser est absurde : autant criminaliser une tendance naturelle : de même que le cou appelle le bisou et la joue la caresse, la fesse appelle la fessée. C’est imparable.
On me reprochera de faire confiance à un auteur dont on ne sait quelles étaient ses tendances intimes : on sait qu’il devint chroniqueur du Figaro Magazine, ce qui  selon moi ne suffit pas pour constituer une référence.
Alors, je remarque quand même que la fessée a meilleure presse que la gifle. Donner une gifle, c’est humiliant, au point que pour défier quelqu’un en duel on le souffletait de son gant : on n’allait pas lui mettre la main aux fesses.
La main aux fesses ? Justement : n’y a-t-il pas quelque chose de louche dans la fessée, quelque chose de pervers même ? Et alors ? La fessée donnée et reçue : n’est-ce pas gagnant-gagnant ? (2)
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(1) J’avoue que je ne sais comment interpréter la remarque sur les ecclésiastiques : aujourd’hui on dirait que leur tendance à s’intéresser aux fesses des enfants a quelque chose à voir avec un vice abominable et criminel que je n’ose même pas nommer. Mais Maurice Chapelan y fait tranquillement référence comme si ça allait de soi : qu’en penser ?
(2) Voir ce Post sur Rousseau et la fessée