Saturday, August 01, 2015

Citation du 2 aout 2015

Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté.
Winston Churchill
Ça, c’est l’histoire du verre à moitié vide / à moitié plein. On en a déjà parlé, inutile de revenir dessus. Toutefois, je me sens l’envie d’en rajouter un peu.
Retenons que c’est n’est pas seulement par un tempérament ou un trait de caractère que le pessimiste et l’optimiste se révèlent mais aussi dans l’action. En effet si le premier voit des difficultés, c’est bien dans l’opportunité d’agir ; et réciproquement, la difficulté d’agir constitue pour l’optimiste une opportunité. D’une certaine façon optimiste et pessimiste peuvent bien être d’accord sur le diagnostique : l’action envisagée comporte bien des difficultés. Simplement là où cela constitue un frein pour l’un c’est un stimulant pour l’autre.

Ce qu’on peut rajouter c’est quand même que l’action est grosse d’incertitude et que du coup elle comporte un gros pourcentage d’imaginaire. Mais cet imaginaire agit de façon opposée selon que l’on appartient au clan des optimistes ou  à celui des pessimistes. Ce dernier est d’abord un rationaliste qui calcule ses chances de réussites ; simplement il en rajoute sur les risques d’échec. Par contre l’optimiste n’écoute pas la voix de la raison : il suit la pente naturelle du désir. Il fait ce que Kant nous décrit comme étant la nature du désir : « La faculté de désirer est la faculté d’être cause des objets de ses représentations par le moyen de ces représentations mêmes. » (Kant – Métaphysique des mœurs, Introduction). Autrement dit avec la représentation de l’objet désiré apparaît la certitude de pourvoir le posséder. Je le désire donc je l’ai.
- Concluons donc – une fois n’est pas coutume – par une citation :

« La plupart des choses importantes dans le monde ont été accomplies par des personnes qui ont continué à essayer quand il semblait y avoir aucun espoir. » Dale Carnegie

Friday, July 31, 2015

Citation du 1er aout 2015

Le pouvoir de l’homme s’est accru dans tous les domaines, excepté sur lui-même.
Winston Churchill
Depuis l’Ecclésiaste (1) on répète – à peu près – la même chose : ce qui accroit notre pouvoir accroit aussi notre responsabilité. Aujourd’hui, moi qui vous parle, me voici en charge de l’avenir de la planète – moi qui ai déjà mille difficultés à savoir ce qui serait le meilleur pour moi, pauvre individu !
Suivons sir Winston : on doit estimer que l’absence de sens moral est inné ce qui fait que l’humanité ne peut s’intéresser aux conséquences néfastes de ses actes, qu’elle le sait, mais que ça ne l’affecte pas directement. Que je réchauffe la planète au point que les océans déborderont dans un siècle, que m’importe ? Après moi le déluge ! Même si les savants ont raison, avant que le siècle soit passé on aura découvert le moyen de faire rentrer les océans dans leurs lits.
Mais tout cela c’est encore bien confortable pour nos esprits. Plus dérangeant est le cas où on sait que la catastrophe est en cours : on sait ce qu’il faudrait faire pour l’arrêter, mais on ne le fait pas – bien au contraire. C’est à ce genre de situation qu’on peut supposer que Churchill fait référence : ne parlait-il pas de la guerre ?
Quand on lit une histoire de la seconde guerre mondiale (2) on est suffoqué par la révélation des gigantesques efforts produits pour détruire ou sachant qu’on va être détruits : les avions qu’on met en chantier aujourd’hui sont destinés à remplacer les chasseurs qui seront abattus ce soir, pour disparaître à leur tour après-demain. Comment cette « économie » de guerre est-elle possible ? Quel retour sur investissement pouvait-on en espérer ? Comment le bon sens marchand ne pouvait-il pas l’emporter sur cette furie destructrice ? Non, rien ne peut expliquer cela, sauf l’absence de sens moral des hommes : quand en 1945 certains américains ont voulu empêcher l’utilisation de l’arme atomique, ce n’était pas par humanité : ils pensaient que les bombardements au napalm, fraichement inventé, pouvaient détruire des villes et carboniser des hommes aussi bien que la « Bombe » sans recourir à une arme nouvelle dont on ne connaissait pas encore les effets.
Que nous n’ayons pas la maitrise de nous-mêmes, on l’accepte. Mais pourquoi ne restons-nous pas dans notre coin, à jouer tranquillement avec nos hochets, sans nous réoccuper d’agir ? C’est Freud qui nous suggère la réponse : nous avons une formidable pulsion mortifère qui, lorsqu’elle a pris le dessus, ne nous laisse pas en repos. C’est cela que nous ne maitrisons pas.
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(1) « Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur. » (1, 18)
J’aurais pu ajouter Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » ; mais on l’a déjà évoquée il y a bien longtemps

(2) Ce que je fais ces jours-ci en lisant la Guerre-monde de Alya Aglan et Robert Franck : 2500 pages qu’on lit avec passion et terreur et qui sont éditées chez Folio.

Thursday, July 30, 2015

Citation du 31 juillet 2015

Il y aura toujours dans la foule un crétin qui, sous prétexte qu'il ne comprend pas, décrétera qu'il n'y a rien à comprendre.
Amélie Nothomb – Péplum (1996)
CRÉTINISME, subst. masc.
A. MÉD. État pathologique, caractérisé par une diminution ou une absence totale des facultés intellectuelles…
TLF

« C’est chiant ». Ça, c’est l’exclamation du crétin à qui on demande un peu de réflexion et quelques minutes d’attention – à supposer que ce ne soit pas au service de l’« entertainment » habituel.
C’est cette confiance aveugle dans leur ignorance qui assure aux crétins que leur bêtise est l’aune de la sagesse ; car, ce qui est crétinisme en solo devient sagesse collective. D’ailleurs cela ne nous surprendra pas : c’est comme ça que les « gourous » des sectes actuelles ont une influence suffisante pour prendre le contrôle des cerveaux : faire que la « vérité » ne soit rien d’autre que l’opinion infusée par eux dans la collectivité.
Mais il y a plus dans cette citation : l’idée est aussi que pour certains, l’ignorance n’existe pas. Tout ce qu’on ignore est en réalité erreur, ou plutôt question inappropriée. Du coup on a mille fois raison de s’en détourner en haussant les épaules. Vous vous doutez bien qu’en écrivant cela le prof de philo que j’ai été se réveille. La philo est en effet conçue par beaucoup comme l’art de poser des questions idiotes, des questions qui ne se posent pas et  - pire ! – de tordre les questions évidentes pour les rendre incompréhensibles. Et c’est un peu vrai : on le sait, le philosophe est un déménageur de questions ; mais une fois qu’il a fait cela, il se transforme en monteur de problématique, c’est à dire qu’il fabrique un système de questions. Il ne lui reste plus qu’à élaborer des concepts pour résoudre tout ça et à les organiser en système. Hop là !
Amélie Nothomb précise que ce refus de l’effort intellectuel conduit tout droit au crétinisme, c’est à dire à la déficience intellectuelle : je veux croire en effet que cette déficience n’est pas originelle et qu’elle résulte de ce mépris de la réflexion. Occasion de le rappeler : le cerveau a en commun avec les muscles de se développer – ou du moins de se conserver – par l’effort. C’est le refus de l’effort qui conduit à l’atrophie. Alors quand les séniors font des mots cachés pour entretenir leurs facultés cérébrales, ce qu’ils sauvent est proportionné à leur effort, c’est à dire pas grand chose. Mais ceux qui en veulent plus, n’ont qu’à faire de la philo ! Car en plus ils sauront répondre aux questions de Kant :
            - Que puis-je savoir ?
            - Que dois-je faire ?
            - Que m’est-il permis d’espérer ?
            - Qu’est-ce que l’homme ? (1)
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(1) Lire ici. Les petits facétieux qui affirment qu’il faut ajouter à cette liste « Dans quel état j’erre ? » et puis « Pourquoi elle veut pas cette s… ? » découvrirons ainsi qu’ils sont affectés de crétinisme.

Wednesday, July 29, 2015

Citation du 30 juillet 2015

Une des plus grandes erreurs est de croire nécessairement faux ce qu'on ne comprend pas.
Gandhi – Lettres à l'Ashram (1937)
Sous la plume de Gandhi, cette phrase signifie sans doute qu’il faut être tolérant et que bien des vérités qui nous échappent n’en sont pas moins vraies. Encore heureux si leur existence méconnue ne remet pas en cause l’édifice de notre savoir (voir Post d’hier).
1 – On doit alors considérer cette intuition de la vérité qu’on appelle l’évidence ne garantit nullement son existence : je peux croire vrai ce qui est faux, ce qui nous arrive principalement en raison des préjugés de l’enfance comme le soutient Descartes. Simplement, suivant Gandhi, l’intuition erronée n’est pas seulement celle de la vérité mais aussi celle de l’erreur ; admettons toutes fois qu’il s’agit de la même : ce que je crois vrai rejette dans l’erreur toute autre affirmation qui lui serait contraire. On devrait alors réécrire la règle cartésienne : « Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle » (Disc. méth. 2ème partie), de la façon suivante : « Ne recevoir jamais aucune chose pour fausse que je ne la connusse évidemment être telle ».
2 – Du coup, la démonstration de l’erreur communément nommée réduction à l’absurde (1), est une démarche absolument recommandable et pas seulement en mathématique : faute de pouvoir établir une démonstration directe, il nous reste à examiner les conséquences de la vérité proposée pour vérifier qu’elles ne mènent pas à une absurdité.
Ce faisant, on retrouve la tolérance prêchée par Gandhi : au lieu de dire à votre contradicteur : « Tu as tort parce que j’ai raison », vous lui dites : « Supposons que tu aies raison, voyons quelles conséquences il s’ensuit. ». On peut supposer que votre proposition sera bien mieux accueillie.
3 – Toutefois, si cette attitude assure la paix dans le débat, il n’empêche que la charge de la preuve vous incombe. Si votre contradicteur a tort, il faut lui monter que l’une des conséquences de son principe conduit à une absurdité manifeste, ce qui n’est pas si simple.
J’ai un exemple qui vous fera réfléchir (si ce n’est déjà fait) : il s’agit du revenu universel de base (pour la définition, voyez ici), dont la Finlande pourrait se doter. Supposez que vous vouliez dire que ce revenu est une absurdité, comment ferez-vous ?
Vous direz qu’il est absurde parce qu’il va contre la malédiction biblique « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » ?
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(1) Les amateurs liront cet exposé dans les Premiers analytiques d’Aristote ; les autre se contenteront de Wiki.

Tuesday, July 28, 2015

Citation du 29 juillet 2015

Mieux vaut comprendre peu que comprendre mal.
Anatole France – La révolte des anges (1914)
La formule d’Anatole France est relativement banale : la science commence le jour où on renonce à prétendre tout expliquer, et qu’on accepte de ne plus poser certaines questions (telle que : pourquoi ceci, pourquoi cela – ou encore : quelle est la cause première des choses ?). Mais on peut aussi contester cette affirmation : car, comprendre peu, n’est-ce pas aussi et nécessairement comprendre mal ?
C’est Pascal qui a mis en lumière le principe contraire (1) : tant qu’on ne connaitra pas tout, on ne comprendra rien, car, qui peut dire avec certitude si ce qu’il vient de comprendre ne sera pas démenti par une nouvelle découverte, qui apparaitrait un peu plus tard, à un niveau plus élevé d’appréhension du monde ? A part les mathématiciens, qui donc peut répondre à coup sûr qu’il est certain de la validité de son énoncé ? Et encore, ces mathématiciens sont obligés de prendre bien des précautions pour déclarer – par exemple – qu’une succession de chiffre est aléatoire.
C’est l’acquis de la science à partir du 16ème siècle de nous avoir persuadé qu’il est au contraire inutile de sonder l’univers jusqu’à ses confins pour établir ses lois : Newton peut nous affirmer que la gravitation universelle obéit à des lois qui sont partout valables ; Einstein peut aussi nous confirmer que c’est exact, sauf à ajouter un correctif tel que la mise en relation de l’espace et du temps ; il n’en reste pas moins que ce qui est vrai ici, est également vrai sur Aldébaran.

Donc jetons aux orties Pascal et son mépris de la raison humaine ? Préférons-lui Descartes ?
Peut-être, en tout cas c’est ce que nous faisons couramment. Avec toute fois une restriction : comprendre n’est pas toujours aussi simple qu’on le croit. Par exemple, la physique quantique nous pose bien des problèmes. La rupture entre la compréhension des corpuscules et celle des objets qui nous environnent met notre raison au défi : dès que je compare le corpuscule à une boule de billard, alors c’est fichu. La rationalité de cette physique est à chercher dans les équations mathématiques mais on conserve le principe scientifique d’universalité : à l’échelle corpusculaire, la rigueur de ses énoncés s’applique à tout l’univers ? Normal : les photons qui éclairent mon clavier sont nés il y a 13 milliards d’années dans l’étincelle originelle du big-bang, du coup ils sont absolument identiques partout dans cet univers.
Parce que, s’il existe d’autres univers…
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(1) Voir ce fragment des Pensées (n°72 Brg)