Thursday, October 30, 2014

Citation du 31 octobre 2014




La Terre est un MacDo recouvert de ketchup / Où l'homo cannibale fait des gloupses et des beurps / Où les clowns en treillis font gémir la musique / Entre les staccatos des armes automatiques.
Hubert-Félix Thiéfaine-  Chroniques bluesymentales (1990), 542 lunes et 7 jours environ


Et voici revenu l’heureux temps d’Halloween, cette fête joyeuse pleine de claquements de dents et de tremblements…
Cette année, innovation ! Finis les squelettes, les sorcières, les fantômes errants : nous tremblerons à l’évocation des méchants clowns, ces clowns maléfiques qui menacent dans la rue les petits enfants et les vieilles dames (1).
Nouveauté ? Bien sûr que non : lisons ensemble Wiki si vous le voulez bien :
« Le clown maléfique est un personnage type qui est récemment apparu dans la culture populaire. Il désigne un clown, ou un personnage à l'apparence de clown, qui, malgré son apparence joviale, comique et joueuse, a un très mauvais fond caractérisé par un sadisme et une cruauté sans limites. 
(…) Aux États-Unis d'Amérique, l'image du clown maléfique a pris de l'ampleur avec le tueur en série John Wayne Gacy, surnommé le « clown tueur » car il travaillait en tant que clown dans des fêtes d'anniversaire. Lorsqu'il fut emprisonné, il passa son temps à peindre des portraits de clown.»
J’ai souvent entendu des personnes (souvent des femmes) valoriser leur sensibilité personnelle en disant « quand j’étais petite fille, les clowns me faisaient pleurer (variante : me rendaient triste) ». Je croyais que c’était une posture pour se rendre intéressant. Et puis j’ai découvert la coulrophobie (2), et j’ai dû réviser mon jugement…
Bref, si vous rencontrez aujourd’hui un clown dans la rue, méfiez-vous. Même s’il s’appelle Ronald, même s’il ressemble à ça :
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(1) Allusion aux agressions commises par des jeunes gens qui attaquent les passants dans la rue grimés en clowns – Voir ici
(2) Voir ici – Je vous recommande la vidéo.

Wednesday, October 29, 2014

Citation du 30 octobre 2014



Car Je est un autre (...) Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute (…) La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend.
Rimbaud à Paul Demeny (Lettre du Voyant, 15 mai 1871) A lire ici
[Les poètes font] sortir les semences de la sagesse (qui se trouvent dans l'esprit de tous les hommes comme les étincelles de feu dans les cailloux) avec beaucoup plus de facilité et beaucoup plus de brillant même que ne peut faire la raison dans les philosophes.
Adrien Baillet – la Vie de M. Descartes (Livre 2, chapitre 1) A lire ici
Le Poète cherche son âme…
Ohé ! Mon âme ! Où es-tu ? Où te caches-tu ? A quoi pourrais-je te reconnaitre ? Es-tu différente de moi, comme la lumière est différente de l’ombre ? Es-tu au contraire partout répandue en moi, de telle sorte que je ne pourrai considérer la plus petite et la plus humble partie de moi-même sans t’y retrouver ? Ou bien, âme traitresse, es-tu tapie derrière ma conscience et la fais-tu manœuvrer comme bon te semble, sans que je puisse le savoir ?
- Ecoutons Descartes et Rimbaud : le devoir du poète est de répondre à ces questions. Le pouvoir du poète est de savoir mieux que le philosophe y répondre.
o-o-o
Et nous : à qui demanderons-nous la solution ? Aux philosophes ? Certes non, ils ne sont jamais d’accord entre eux – encore une chance quand on en trouve un d’accord avec lui même. Aux psys ? Pour se faire psychiatriser, merci bien ! Ça va comme ça.
Allons donc voir alors les artistes : eux au moins ils vont nous montrer l’âme telle qu’elle est, sans détour :

Sculptures de Marie-Joséphine

Je vous sens un peu déçu : Hé quoi ! Nous voulions savoir où était notre âme, on l’imaginait soit au-dessus de nous, soit en nous. Et voilà qu’on nous donne les deux à la fois. Mais c’est le choix de l’artiste que nous voulions, pas ses hésitations !
Mais qui vous parle d’hésitation ? La vérité, c’est que les deux existent en même temps, un peu comme la superposition d’états dans la physique quantique fait que le chat de Schrödinger est à la fois vivant et mort. Nous, nous sommes à la fois supérieurs et inférieurs.
Et voilà tout.

Tuesday, October 28, 2014

Citation du 29 octobre 2014



La véritable richesse et la puissance d'un pays consistent non dans ce qu'il tire de l'étranger, mais dans ses produits indigènes. L'arbre sain et vigoureux donne seul chaque année les fleurs dont les abeilles expriment le miel le plus doux; mais l'arbre dans le tronc duquel elles déposent leurs rayons, est creux et stérile; il cesse bientôt de porter des fleurs parfumées.
Jean-Paul – Pensées (Tout sur Jean-Paul ici)

Jean-Paul, un chantre de la défense de notre Civilisation menacée par les communautarismes de tous bords qui s’épanouissent dans nos Quartiers ? Est-ce chez lui qu’Éric Zemmour a trouvé son inspiration ? J’en doute, mais quand même…

1 – Pour Jean-Paul, il ne s’agit pas simplement de se méfier des étrangers qui s’insinuent par nos frontières pour envahir notre territoire.
2 – Il faut aussi se méfier de ce qu’ils apportent avec eux, des marchandises qu’ils fabriquent à bas coût dans leur lointain pays. D’ailleurs l’aspect le plus perfide de la présence des étrangers n’est-il pas de n’être chez nous que par l’intermédiaire de leurs marchandises : si l’étranger est toxique, c’est par ses produits indigènes qui pénètrent par nos frontières poreuses.
Mais, lorsque Jean-Paul parle de ces produits indigènes qui stérilisent notre terroir et le fait dépérir, pense-t-il à des marchandises ? Anticipe-t-il le jeans venu du Bangladesh et qu’on nous vend 5 euros ?
3 – Peut-être, mais pas seulement : on peut aussi penser aux manières de vivre, religions, costumes, bref, tout ce qui contribue à l’existence des communautés « indigènes » coupées du reste de la société et qui sont également mortifères pour les pays « d’accueil ».
Alors que les vêtements fabriqués en Chine, en Éthiopie ou ailleurs sont strictement identiques à ceux que nous portons, le costume porté par ces étrangers qui fabriquent notre jean n’a rien à voir les nôtres.
--> Conclusion : l’Étranger est parfaitement supportable quand il s’identifie à nous. Alors il devient l’abeille qui fabrique son miel pour notre plus grand profit. Ces émigrés qui ont réussi leur assimilation sont de bons étrangers – d’ailleurs il nous est arrivé d’en élire à la Présidence.
Le mauvais étranger c’est celui qui prétend conserver quelque chose de son lointain pays : costume, religion, coutumes sociales – communauté refermée hermétiquement sur elle-même, c’est alors qu’il fait dépérir l’arbre qui l’a accueilli
Aïe ! Ne me jetez pas de pierres, ça fait mal ! Pitié ! Je peux me racheter :
- Et si on essayait le métissage ? Ça réussit assez bien en cuisine, pourquoi pas ailleurs ? Dans la mode vestimentaire ? Et dans la religion ? Pourquoi ne pas faire des Églises qui seraient en même temps des mosquées ? Un minaret qui serait en même temps un clocher ? Un curé avec une longue barbe  - et avec ça il pourrait aussi faire rabbin !

Monday, October 27, 2014

Citation du 28 octobre 2014



Le Surmoi est issu du rapport de l'enfant avec ses parents par un processus complexe d'identification, grâce à quoi l'autorité extérieure est transportée à l'intérieur du sujet et joue le rôle attribué couramment à la conscience morale.
Marthe Robert – La révolution psychanalytique : la vie et l'œuvre de Freud.
En 1968, une interpellation fréquente surgissait dans les débats. "D'où parles-tu camarade ?", demandait-on à l'illustre inconnu qui prenait la parole. 
RTL – Commentaire d’actualité du 16-03-2008

Papa-m’a-dit 
… On se souvient du fils Mitterrand surnommé en Afrique « Papa-m’a-dit » : ironie méchante ? Peut-être mais aussi formule révélatrice de notre situation à tous : qui parle par notre bouche, sinon notre Père dont nous avons repris les leçons de morale qui nous dictent notre devoir ?

D’où parles-tu, camarade ?
Cette phrase est encore dans la mémoire de ceux qui ont vécu 1968 et ses débats enfiévrés. Elle signifiait que la classe sociale originelle était plus importante que l’intention de celui qui parlait. C’était tout juste si on excusait Marx d’être descendant de rabbin.

1968
C’était aussi l’époque où l’on rêvait de marier le marxisme avec le freudisme, histoire de voir ce que ça donnerait comme progéniture. Et de fait, l’idée qu’on est gouverné par des instances dont nous ignorons l’existence est présente dans les deux familles de pensée. Au déterminisme social répondait l’instance du surmoi, mais de toute façon, c’était et notre classe sociale qui dominait notre pensée, et nos parents qui parlaient en nous.
« Tu n’es rien d’autre que ce qu’on a fait de toi : en toi, ton père – ta classe – continue de te gouverner sans même que tu le saches. 
- Freud et Marx instituaient ainsi l’ère du soupçon qui nous incitait à nous méfier de tous – même de nous : qui parle donc en nous ?
La réponse à demain, si vous le voulez bien…

Sunday, October 26, 2014

Citation du 27 octobre 2014



L'homme est un animal politique plus que n'importe quelle abeille et que n'importe quel animal grégaire.
Aristote Les Politiques (trad. Pierre Pellegrin), 1252b
L'homme n'était pas destiné à faire partie d'un troupeau comme un animal domestique, mais d'une ruche comme les abeilles.
Kant – Anthropologie du point de vue pragmatique
Peut-être Kant se rappelle-t-il de cette phrase d’Aristote ; en tout cas, comme lui, il estime que la vie collective s’organise selon deux schémas possibles :
- Soit comme dans un troupeau où chaque individu est en relation non avec les autres, mais avec le berger.
- Soit, comme dans une ruche, en composant un être collectif donc chaque individu est comme une cellule dans un tissu biologique.
Nous avons donc deux possibilités : soit exister pour un maitre ; soit exister pour la collectivité. Mais en tout cas exister-pour.
Avons-nous encore la même opinion ? Notre époque qui cultive si fort l’individualisme devrait choisir une autre métaphore : au lieu du modèle de l’abeille nous devrions opter pour la guêpe solitaire. Quelle est donc l’originalité de la guêpe solitaire ? Lisons la page Internet qui lui est consacrée : « Les guêpes solitaires vivent et travaillent seules : la plupart ne construisent pas de nids (c’est d’ailleurs ce point qui les distingue des guêpes sociales) ».
Du coup, on voit bien ce qui change par rapport au modèle d’Aristote : les individus solitaires travaillent seuls et pour eux-mêmes uniquement. Et nous ? N’est-ce pas aussi uniquement pour nous-mêmes que nous travaillons ? En produisant pour autrui, nous n’agissons que poussés par l’intérêt personnel (1). Si le boulanger n’avait pas souci de son profit, nous n’aurions pas de pain. Nous pouvons à présent lire de façon plus claire ces métaphores animales :
- Dans le troupeau chaque individu travaille pour le bénéfice du berger.
- Dans la ruche, chaque abeille travaille pour le bien de tous.
- Dans la nature, l’individu travaille pour lui-même uniquement, même s’il est contraint à travailler de concert avec les autres.
L’homme est le seul qui soit obligé de travailler pour les autres afin de satisfaire son intérêt égoïste.
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(1) C’est d’ailleurs ce que montrait la Fables des abeilles de Mandeville. Voir ce commentaire