Thursday, November 20, 2014

Citation du 21 novembre 2014

A l’heure où on se scandalise que notre Ministre de la Culture avoue ne pas avoir lu un seul livre de Patrick Modiano ; où des parisiens (oui : des parisiens !) détruisent l’œuvre de Paul McCarthy place Vendôme, La Citation-du-Jour se sent investie d’une mission : contribuer à hausser le niveau culturel des français.
Voici donc un Quizz-Molière : choisissez votre réponse et comptez 1 point lorsqu’elle est bonne.
- Si vous avez 8 point, candidatez pour un poste d’attaché culturel (au Ministère de la Culture ? Eh oui…)
- 4 points reprenez tout à la base : abandonnez le Smartphone (sauf pour téléphoner) et, à la télé, ne regardez plus que la Grande Librairie.
- 0 point : lisez La Citation-du-Jour chaque matin.

Quizz Molière

1 – Et c'est une folie à nulle autre seconde - De vouloir se mêler de … (Le Misanthrope)
Réponse A : corriger le monde
Réponse B : évaluer le QI de Nabilla
Réponse C : redresser l’économie Française
2 – Le scandale du monde est ce qui fait l’offense Et ce n’est pas pécher que pécher … (Tartuffe)
Réponse A : quand le Printemps arrive
Réponse B : en silence.
Réponse C : caché sous la couette
3 – Un sot savant est sot plus qu'un …. (Les femmes savantes)
Réponse A : ministre de la culture
Réponse B : supporter du PSG
Réponse C : sot ignorant.
4 – Je suis le dieu le plus puissant des dieux, Absolu sur la terre, absolu dans les cieux ; Dans les eaux, dans les airs, mon pouvoir est suprême : En un mot, je suis … (Psyché)
Réponse A : le Prophète
Réponse B : Cyril Hanouna
Réponse C : l'Amour même.
5 – Il ne faut point douter qu'il fera ce qu'il peut, Et, s'il a de l'argent, qu'il … (L'étourdi)
Réponse A : pourra ce qu'il veut.
Réponse B : prendra ses RTT aux Maldives
Réponse C : s’achètera une Rollex.
6 – La tête d'une femme est comme …. (Le Dépit amoureux)
Réponse A : le Sahara un jour de sirocco.
Réponse B : la girouette au haut d'une maison, qui tourne au premier vent.
Réponse C : une cocotte-minute.
7 – Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans … (Dom Juan)
Réponse A : le lit
Réponse B : le libertinage
Réponse C : le changement.
8 – Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ? - Qui parle d'offenser … (Les femmes savantes)
Réponse A : grand'père ni grand'mère ?
Réponse B : Fleur Pellerin
Réponse C : Vaugelas

Wednesday, November 19, 2014

Citation du 20 novembre 2014

Une maison isolée au penchant d'un vallon fut notre asile, et c'est là que dans l'espace de quatre ou cinq ans j'ai joui d'un siècle de vie et d'un bonheur pur et plein qui couvre de son charme tout ce que mon sort présent a d'affreux.
Jean-Jacques Rousseau – Rêveries d’un promeneur solitaire, 10ème promenade.

« Ces lignes sont les dernières que Rousseau traça avant de mourir en 1778, et il y revient sur son arrivée aux Charmettes 42 ans plutôt.
La maison des Charmettes est restée intacte dans son souvenir, et nous la retrouvons inchangée de même que son cadre naturels. C’est sans doute à la ferveur des admirateurs de Rousseau – dont Georges Sand – que l’on doit cette fidélité au passé. »
o-o-o
Aller aux Charmettes,  c’est mettre ses pas dans ceux de Jean-Jacques Rousseau, c’est voir les paysages qu’il a vus, c’est écouter le silence de ses méditations. Mais c’est aussi retrouver l’oratoire où il a du s’agenouiller, le petit couloir entre sa chambre et celle de madame de Warens…



Intérieur de la Maison des Charmettes,
Et c’est aussi découvrir ce qu’on n’aurait pas imaginé, comme le caractère champêtre de l’installation : les Charmettes, c’est du bourgeois plaqué sur du rustique.
On l’a compris, les Charmettes sont là comme excitateur de rêve.
Et ça marche.

… Ou plutôt, ça marchait. Voyez ces visiteuses des Charmettes rencontrées en 2012 :


Tuesday, November 18, 2014

Citation du 19 novembre 2014

El creador crea pou acumulación de obstáculos. ("on devient créateur grâce aux obstacles").
Alfonso Reyes (cité par Borges)
Créer c'est résister. J'ai résisté à tout sauf à l'amour parfois et à l'humour jamais.
Miss.Tic, « Il ne faut pas se voiler la postface… », in Re Garde Moi
L’acte de résistance, il me semble, a deux faces : il est humain et c’est aussi l’acte de l’art. Seul l’acte de résistance résiste à la mort, soit sous la forme d’une œuvre d’art, soit sous la forme d’une lutte des hommes.
Gilles Deleuze / Qu’est-ce que l’acte de création ?
(Conférence donnée à la Femis -17/05/1987)

Ces deux dernières citations ont été déjà commentées le 29/3/2010. La raison pour la quelle je les réédites, c’est qu’elles me semblent éclairer un autre côté de la pensée de Borges.
En effet, pour Miss.Tic comme pour Deleuze, l’art est une réaction salvatrice à l’oppression. Finalement on pourrait bien renoncer à l’art si seulement on vivait tranquille sans être opprimé.
Pour Borges aussi, on est artiste – donc créateur – parce qu’on a rencontré un obstacle. Mais : si l’obstacle n’avait pas été là, eh bien il aurait fallu le susciter pour enfin devenir artiste.
Ne soyons pas surpris : le personnage du poète maudit n’est pas si loin dans nos mémoires. Fin 19ème début du 20ème, il hantait Montparnasse : les peintres crève-la-faim et tuberculeux, les poètes désespérés qui allaient se pendre aux réverbères, et ceux qui, ignorés de tous, jetaient leur manuscrits dans le caniveau – tous étaient des créateurs qui étaient nés du malheur. Et on rêvait d’être malheureux plutôt que vivre content de soi, comme monsieur Prudhomme.

Et aujourd’hui ? Plus de tuberculose, plus de misère noire, de la coke à foison… Pauvres de nous ! Comment être artiste dans ces conditions ?
- Mais si ! On le peut : il suffit de se rappeler que ce à quoi nous devons résister, c’est à nous mêmes. Un ventre bien plein, une maison bien chauffée, des amis plein le salon : tout ça n’est pas incompatible avec le combat mené contre le langage, contre les formes et les couleurs, contre notre imagination anémiée, etc.
Qu’on se rappelle Flaubert et ses souffrances devant – non pas la page blanche – mais la page raturée : 70 pages de manuscrits abandonnées avant d’arriver aux 4 pages de la promenade à Fontainebleau de l’Education sentimentale.

Les obstacles sont bien en nous aussi.

Monday, November 17, 2014

Citation du 18 novembre 2014

L'échec n'est pas une option !
Anonyme
L'échec est toujours une option. L'échec est même l'option la plus disponible, mais c'est un choix. Vous pouvez décider de réussir ou d'échouer.
Un Gamer du site LES FORUMS DE JEUXVIDEO.COM

Merci au Gamer du Forum Jeuxvideo.com 
Le philosophe qui rôde sur le web le sait : la pensée juste, celle qui va nous éclairer peut se trouver n’importe où – et en particulier là où on ne l’attend pas. Comme Héraclite qui invite ses disciples à le rejoindre dans la cuisine où ils répugnent à entrer en leur disant : « Ici aussi il y a des Dieux », sachons qu’il y en a aussi sur les Forums de Gamers (toute proportion gardée : les Dieux ont un peu rétréci avec le temps…)
Voici donc : dire « L'échec n'est pas une option ! » est une pensée confuse, car bien sûr que si : l’échec est toujours une option si l’on entend par là une éventualité. Je peux toujours échouer, même si ça ne me ressemble pas.
Mais il faut distinguer entre l’option et le choix. Je ne peux choisir que là où il y a option. Mais s’il y a une option ça ne veut pas dire qu’on va la choisir. Si l’on n’est pas sujet au vertige, on peut se pencher du haut de la tour sans craindre de tomber, simplement parce qu’on n’a pas envie de se suicider.
o-o-o
 Toutefois, le philosophe dont nous parlions tout à l’heure va quand même rouspéter : il ne suffit pas de clarifier les concepts ; il faut aussi fabriquer une problématique.
Si l’échec est possible, certes, ce n’est pas une raison pour le vouloir. Mais quand bien même, je le voudrais, est-ce seulement possible ? Est-il pensable de vouloir échouer ? N’est-ce pas absurde de « faire » pour échouer ? Quelle étrange contradiction qu’une action qui se développerait en se retournant contre elle-même, comme si elle n’existait que pour se nier. Certes, on peut programmer une machine cybernétique pour un feedback négatif (ci-dessous). 


Mais justement, c'est une machine: que serait l’homme qui ferait une pareille chose ? Sa volonté ne serait-elle pas une volonté morbide, qui chercherait dans l’échec, non l’échec lui-même, mais la preuve de l’insignifiance de son être ? Non le dépassement, mais l’enfouissement encore plus profond dans la médiocrité ?

Demandons à notre gamer.com : n’est-ce pas là l’exact opposé du joueur de casino qui, même complètement ruiné, va encore miser sa Rolex dans l’espoir de se refaire ?

Sunday, November 16, 2014

Citation du 17 novembre 2014

Ce que vous dites de ces connaissances virtuelles me surprend, je suis étonné. Comment, il ne vous est pas venu dans la pensée que nous avons une infinité de connaissances dont nous ne nous apercevons pas.
Leibniz Nouveaux Essais – (I - 1 - 5)
Savoir c'est savoir qu'on sait.
Alain  - Les idées et les âges
Bac blanc de philosophie.  Traitez le sujet suivant :
« Alors que, selon Leibniz « nous avons une infinité de connaissances dont nous ne nous apercevons pas », Alain affirme que « Savoir c'est savoir qu'on sait ».
Dites auquel de ces deux jugements vous apportez votre adhésion. »
Durée : 4h. Coeff. : 7
o-o-o
Oui, je sais : ce genre de sujet est tellement chiant qu’il est de nos jours strictement interdit de le proposer à des élèves de terminale – du moins à titre de préparation au bac.
Et pourtant… Leibniz/Alain : il faut bien que l’un des deux ait raison quand même ?

Comment naissent nos connaissances ?

Alors que pour Alain, tout savoir doit être vérifié dans une démarche strictement cartésienne (1), pour Leibniz certaines connaissances peuvent interagir avec d’autres indépendamment de la conscience. Pour Leibniz il y a des connaissances virtuelles, qui existent en moi, et qui jouent un rôle dans mes réactions, dans mes perceptions, sans même que j’en aie conscience.
D’ailleurs, s’il fallait qu’à chaque instant je pèse le vrai et le faux dans toutes les décisions que je prends d’instant en instant, je serais comme l’âne de Buridan : je périrais de faim et de soif entre le seau d’eau et le sac d’avoine. Mais ce ne serait pas de l’hésitation ; ce serait faute de temps pour vérifier qu’on a effectivement faim et qu’on effectivement soif.
En réalité, pour Leibniz, nos connaissances peuvent nous modifier sans même que nous en ayons conscience et à ce titre nous ne sommes pas foncièrement différents des animaux : notre savoir n’est rien d’autre qu’une expérience que nous avons acquise avec ou sans conscience de le faire, et qui finalement déterminent quelles autres connaissances pourraient venir les compléter (2).
Reste, bien sûr, que jamais une telle connaissance ne peut être une certitude tant qu’on ne l’a pas vérifiée. Simplement le précepte cartésien cité en note n’est pas le seul moyen de le faire. L’expérience se renforce ou s’annule en fonction de ses effets. Le malheureux âne de Buridan n’est pas mort à cause de son ignorance, mais parce qu’il avait autant faim que soif.
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(1) « Ne jamais admettre une chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle » (Discours de la méthode, 2ème partie) : faut-il dire qu’un tel précepte exige la claire conscience du savoir en question ?
(2) On aura reconnu la thèse des empiristes.

Saturday, November 15, 2014

Citation du 16 novembre 2014

Il hésita encore un peu, puis il se releva. Il fit un pas. Moi je ne pouvais pas bouger.
Il n'y eut rien qu'un éclair jaune près de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. Ça ne fit même pas de bruit, à cause du sable.
Saint-Exupéry – Le Petit Prince
- Voilà mon chéri : je t’ai lu le Petit prince : maintenant tu vas faire dodo.
- Eh quoi ? Qu’est-ce qu’il est devenu le Petit Prince ?
- Il est parti.
- Comment ça, parti ? Il s’est fait piquer par un serpent ça lui a fait très mal et il est tombé dans le sable. Qu’est-ce qu’il a fait après ?
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Mes amis, si vous avez lu ce conte de Saint-Exupéry à votre petit pour l'endormir, vous avez dû vous aussi faire face à ça. Et vous avez été bien coincé : comment expliquer qu’il faut mourir pour renaitre ailleurs ? Impossible, n’est-ce pas ? Alors vous avez expliqué à votre Bout’chou qu’il faut se débarrasser de son corps pour voyager dans l’espace ? Hum…
Mais réjouissez-vous : l’actualité vous apporte une solution : tentez une diversion, afin de faire oublier ce fâcheux épilogue :
« - Ecoute bien, Petit Jean (oui, c’est son nom), tu sais, le Petit Prince, ce n’est pas vraiment pour arroser sa fleur qu’il est parti.
- C’est pourquoi alors ?
- C’est pour aller retrouver la Petite Princesse.
- Qui c’est ça ?
- C’est son amoureuse : pas de Petit Prince sans Petite Princesse !
- Mais où elle est, son amoureuse ?
- Eh bien elle dort vois-tu, là-bas. Dans le ciel.
- Dans le ciel ! Explique Tonton ! (Oui, pour raconter des histoires ce soir, c’est Tonton qui s’y colle).
- Elle s’appelle Philae, elle est très blonde et elle a de grands yeux bleus. En ce moment elle dort, enfouie dans la chevelure d’une comète.
- Elle dort sur une comète ! Alors, dis Tonton, qu’est-ce qui va se passer ?
- Eh bien le Petit Prince va la rejoindre et ils vont rester ensemble à dormir, blottis l’un contre l’autre, jusqu’à ce que leur comète passe près du soleil. A ce moment ils vont se réveiller.
- Et après et après, qu’est-ce qu’ils vont faire ?

- Après ? Tu le demanderas demain à Papa. Maintenant c’est l’heure de dormir. Un gros poutou mon Petit Jean »